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Psychanalyse au jour le jour.

Claude HALMOS au séminaire " travail et psychanalyse" le mardi 7 mas 2017

Publié le 24 Décembre 2016 par Houbron

Espace analytique
12, rue de Bourgogne, 75007 Paris
Séminaire "travail et psychanalyse" le mardi 7 mars à 20H30
 

Depuis quelques décennies le chômage est très présent dans les discours publics. Il fait et défait les gouvernements il faut compter avec.
Mais qu'en est-il de son vécu ? Vécu effectif ou son appréhension par la masse des salariés qui en ressentent les effets.

S'il y a le chômage comme chiffrage, comptage il y a les chômeurs comme sujets et citoyens qui ne se réduisent pas à une variable statistique, chômeurs dont il est implicitement question pour s'en soucier voire pour les blâmer, chômeurs que l'on compte, décompte mais qui comptent pour peu ou pour rien, surnuméraires, disait Robert Castel, ne trouvant pas littéralement à se placer. Chômeurs dont la réalité n'est pas à chiffrer mais à déchiffrer dans une pratique clinique à l'écoute de cette condition.

Ce vécu, pouvant être dramatique en regard de la morbidité qui l'accompagne, reste peu considéré dans le champ du soin psychique.
Peu considéré comme si dans l'ombre il devait rester, rester dans l'ombre du travail ? Ou comme si les psys quelque chose ne pouvaient pas le considérer en soi car ne rentrant pas dans leurs catégories ? Pourtant la psychanalyse a vocation à s'intéresser à ce qui n'est pas en pleine lumière, mais comment peut-elle aborder une question éminemment sociale quand son objet est centralement les formations de l'inconscient, l'infantile, l'intime, tant bien même la frontière entre le social et le subjectif aurait été balayé à considérer avec Lacan qu'il n'y a pas de distinction entre psychologie individuelle et sociale ?

C'est à être questionné par les ravages de la crise dans ses retombées psychiques que nous avons été conduits à inviter Claude Halmos le mardi 7 mars à 20h 30 avec qui nous nous entretiendrons à partir de son ouvrage :

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Editions Fayard et au livre de poche.

Aujourd’hui, la crise économique n’épargne plus personne. Et elle n’épargne plus rien. Perdre son travail, craindre de le perdre, voir ses possibilités de consommation se réduire comme peau de chagrin, être témoin du malheur des autres et redouter d’en être à son tour victime : ces épreuves atteignent l'individu au-delà du simple stress. Car ces coups ne sont pas seulement des atteintes à un «avoir», ils sont autant de blessures infligées à notre «être». La crise économique a enfanté une autre crise, une crise psychologique qui érode, corrode, lamine les cœurs, les corps et les têtes. Or, de cette crise, nul ne parle : ni les politiques, ni les médias, ni les « psys ». Ce silence a de graves conséquences sur les individus; il renforce leur angoisse et les enferme dans une honte qui n’a pas lieu d’être.

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Jacques Lacan, son "retour à Freud", la psychanalyse aujourd'hui.

Publié le 28 Août 2016 par Houbron

Ce qui suit a été écrit en 2011, il n'en reste pas moins "à jour".

Jacques Lacan, son "retour à Freud", la psychanalyse aujourd'hui.

Jacques Lacan s'est avancé sous la bannière du "retour à Freud". Cette insistance sur le "retour" mérite d'être interrogé, bien qu'elle s'estompe et justement parce qu'elle s'estompe au fur et à mesure que Lacan devient Lacan que Lacan s'énonce à partir de Lacan. Ce fading de la référence n'est pas nommé par Lacan, c'est le style même de Lacan : infléchir sa théorie, opérer des ruptures, tout chambouler sans prévenir si ce n'est parfois par quelques maigres indices, à chacun de se débrouiller avec cette façon de faire laquelle est là, d'évidence, en rupture complète avec Freud. Avec Freud dans sa volonté de se faire reconnaître par la communauté scientifique, avec son style démonstratif, avec son souci permanent de clarification, avec le Freud inventeur et explorateur, Freud seul face à l'adversité de son temps ou, tout du moins, tel qu’il prétendait l’être.

A considérer l'apparition de Lacan dans son contexte historique on comprend son recours au "retour à Freud" c'est sous cette bannière et uniquement sous cette bannière qu'il pouvait avancer : la SPP sous la férule de Marie Bonaparte surnommée "Freud a dit" doit faire face à un environnement en rien propice à accueillir les propositions de la psychanalyse en développement. Le mouvement psychanalytique en formation est aux aguets quant à toutes déviances quant à tous risques de nouvelles dissidences, après Adler, Jung, la semi-disgrâce des approches de Ferenczi, alors que c'est pourtant une constante qui émaille l'histoire du mouvement, cela continuera avec Reich et d'autres.

Pourtant des évolutions de taille ont lieu de Mélanie Klein à Bion, de Balint à Winnicott, la psychanalyse ne cesse d'évoluer, d'explorer de nouveaux champs, poursuivant et s'inscrivant dans le désir de Freud.

Ces évolutions même si elles font débat et conflit (Mélanie Klein et Anna Freud sur la psychanalyse d'enfants) restent reconnues comme inscrites dans le la problématique Freudienne, dans sa continuation, comme pouvant se prévaloir du champ de la psychanalyse Freudienne, se référant explicitement à Freud. Il n'y a pas soupçon de dissidence, c'est là l'essentiel : tenir sur une certaine orthodoxie sur laquelle veille précisément une puissante bureaucratie mondiale.

Quel est le geste de Lacan ?

Lacan nous invite à lire Freud, bien évidemment chacun lit à sa façon et Lacan ne peut lire Freud qu'à sa façon, c'est à dire, comme tout en chacun, à partir de ce que lui y lit, de ses préoccupations, de ce qu'il y cherche. C’est-à-dire que s'il y a un "retour à Freud" de Jacques Lacan, il ne peut qu'être celui fait par Lacan, mais le coup de force, voire de génie, en tout cas la hardiesse est de se poser comme celui qui fait retour, celui qui lit et qui donc sait lire Freud : « Je suis celui qui a lu Freud ».

Il n'est pas étranger à une telle démarche d’avoir entendu des participants de l'école de la cause Freudienne soutenir que ce qui les caractérisaient, dans la constellation Lacanienne, c'est leur "lecture au plus près de Lacan", à croire que les autres lisent autre chose…

Il a été dit que l'histoire est une tragédie mais que quand elle se répète c'est comme une farce.

Il y a du vrai et du faux, le faux étant un moment du vrai, le vrai c'est qu'indubitablement Lacan a été dans le souci de saisir la psychanalyse au plus près de l'énoncé Freudien, par souci d'en raviver un tranchant émoussé par les caciques du mouvement. Mais, dans ce geste, il y a aussi une part tactique qui devient évidente à suivre cette opération insistante dans son histoire. L'histoire selon Marx avance masquée, de même pour la vérité, la vérité dans son histoire n'est pas transparente, elle est toujours masquée et toujours partiellement dévoilée.

Que ce recours au "retour" par Lacan soit motivé par des considérations tactiques ne dévalue en rien sa démarche, notre propos n’est ni d’évaluer ni de dévaluer, opérations corolaires l’une de l’autre, mais d'essayer d’une part de comprendre comment cela a pu s'imposer à Lacan, comment cela s'est imposé avec insistance en son temps et à sa suite à quasiment, le quasiment est important, toute la "mouvance" Lacanienne et, d'autre part, d'essayer de comprendre ce qu'il en est aujourd'hui de ce "retour".

Le propre de la psychanalyse est de se soutenir d'un nom propre, du nom de Freud, les dissidences entrant sans doute pour une part dans la volonté de ce soutien à partir du nom propre, il est coutumier d'entendre dire : "il n'y a de psychanalyse que Freudienne qu'à partir de Freud". Sans doute, à considérer la psychanalyse comme une discipline parmi d'autres, cet énoncé fait exception, sauf à considérer la psychanalyse comme une idéologie ou un système de pensée à l'instar de doctrines philosophiques ou religieuses, de conceptions et d'explications du monde.

Ce que Lacan induit, tout du moins dans ses débuts, cela revient à "ce que je dis ou écris c'est dans Freud, je vous invite à lire Freud avec moi" ou à « Lire Freud comme moi » ce qui peut être entendu à le lire tout comme je le fais ou à le lire à ma manière, avec la lecture que j’en fais. Cela se vérifie, dans son séminaire, tout du moins dans les premiers, il lit Freud, mais il ne pouvait pas en faire qu'une lecture, il le commente, et sa théorie s'ébauche et s'énonce à partir de ce commentaire. Par-là il est insoupçonnable, même plus, étant donné que c'est lui qui opère ce retour les autres seront soupçonnables, puisse que lui, Lacan, il est Freudien, il le clame, le proclame et le soutien. Avec lui, Lacan, ce n'est plus seulement un retour qui s'opère, c'est Freud qui fait retour, c'est Freud qu'on lit avec Lacan, et donc à travers Lacan.

Lacan est d'autant plus justifié dans son « retour » quand Freud n'aurait plus été lu dans son texte mais à travers ses exégètes, Lacan en revenant à la source Freudienne se légitime dans le même mouvement qu'il délégitime l'IPA (L’Association psychanalytique internationale) dans ses possibles critiques de la pratique lacanienne de la cure. A ce sujet, notons que la fondation de l'IPA a été motivée par la crainte que des praticiens non formés s'établissent comme psychanalystes auto-proclamés. Donc dans un souci premier de contrôle.

Lacan répéterait alors le geste de Freud dans son tranchant, le retrouverait, le réinscrirait dans la pratique psychanalytique contre la répétition, contre la sclérose, contre la fermeture de l'inconscient. Ainsi être Freudien dans les années 60 reviendrait à l'être avec Lacan. Etre du côté vraiment de Freud c'est : être du côté de Lacan, aux côtés de Lacan, ce qui progressivement reviendra à dire « être Lacanien ».

Lacan dit : « la vérité ça parle », et la vérité de l'énoncé Freudien parle par sa bouche, il en est le vecteur, le médium et l'interprète. Par sa voix c'est Freud qui parle, alors Lacan peut s'exprimer, pleinement s'exprimer, voire en rabattre à ceux qui lui font objection.

Si ce que Lacan dit c'est Freudien, pleinement Freudien, au plus près de Freud, il invite d'ailleurs chacun des esprits les plus inspirés de son temps à venir l'écouter, il est un nouveau Freud le renouveau de Freud, tout de moins celui par la bouche de qui Freud se remet à parler et à être entendu.

Cet énoncé implicite est indicible à cette époque, il n'y a qu'un Freud, et seul Freud fait autorité, Lacan ne peut avancer qu'en faisant acte d'humilité, qu'en se présentant humblement comme un serviteur de l'énoncé Freudien et de sa cause, il ne peut y avoir d'autres noms propres sinon à faire dissidence.

Le paradoxe apparent c'est que le coup d'audace lacanien ne s'énonce qu'à bas bruit, il est contraint à une formidable hypocrisie, le nom de Lacan, de son vivant, n'est qu'à être supplanté par celui de Freud dans le champ de la psychanalyse, Lacan en prend acte et son parti, tout son parti.

Le "Lacanisme" jouera son parti, sa particularité, son originalité, sa nouveauté, qu'à en rajouter dans la surenchère, ce qui pourrait s’énoncer "pas plus freudien qu'un lacanien !"

L'exclusion de l'IPA, ne viendra pas mettre un terme à cet énoncé performatif, bien au contraire, l'enjeu tout un temps est sous-tendu par cette affirmation qui consiste en : ils ont tort de m'exclurent, ils sont dans l'erreur, j'ai raison, ils se trompent.

Et puis sans Freud c'est le désert, la solitude, Lacan pouvait-il traverser le désert ? Affronter l'opprobre de ses pairs ? Et surtout celle des instances internationales ? Jusqu'au bout il a voulu l'éviter, il a biaisé, négocié, fait agir en sous-main ses barons, a menti et fait mentir sur les séances courtes, puis grâce à son énoncé, il a retourné la blessure de l'exclusion, en affirmant sa fidélité intangible à Freud, ceux qui l'excluent ne sont alors pas ou plus freudiens en tout cas jamais autant que lui affirme l'être.

Freud était un fondateur, il a fondé à partir de ses découvertes, et son nom est la marque de fabrique de la psychanalyse, tout autre marque de fabrique ne peut qu'être usurpatrice.

Lacan qu'elle que soit son mérite et sa qualité est un enfant de son temps, son temps avait déjà accouché de la psychanalyse, il pouvait toujours la renouveler, il viendrait toujours après, il arrive et n'a pas à connaître l'inconfort d'une fondation, mais, anticonformiste, il apporte du nouveau, il enrichit, il renouvelle, mais il ne peut affirmer réinventer la psychanalyse sans assumer son acte dans ce qu'il touche aux fondements, sans assumer son acte jusqu'à le soutenir jusqu'au bout en le soutenant sur son nom, il ne s'est avancé qu'à se soutenir du nom du père de la psychanalyse, Lacan s'est toujours voulu freudien tout en laissant la porte ouverte, avec une pointe de perfidie, au lacanisme : "libre à vous d'être lacaniens".

Ses adeptes en sont libres de ce que Lacan leur dit.

Mais peut-être ne peut-il avoir de fondation pour la psychanalyse avec un père fondateur que mort, qu'à partir d'un père mort ?

Aujourd'hui nous nous retrouvons plus de trente ans après la mort de Lacan et, 30 ans après la mort de Freud la psychanalyse avait été bouleversée tout comme l’époque avait radicalement changée, l’histoire filait sa course (guerre mondiale, guerres coloniales, trente glorieuses, mais 68, etc.)

Et maintenant

Les enjeux ne sont plus les mêmes.

Les transferts de toute une nouvelle génération ne se font pas sur la personne de Lacan, mais sur un personnage historique, sur un texte, une nouvelle génération qui n'a pas connu directement Lacan, qui n'a pas été sous son charme ou qui n’a pas rejeté la séduction qu’exercé son personnage. Une nouvelle génération qui n'a pas assisté à son séminaire, qui n’a été ni en contrôle ni en analyse avec lui, qui n’a pas appartenu à son école. Et une génération qui doit émerger dans un milieu ou la psychanalyse n'occupe plus une place dominante voire hégémonique telle qu'elle l'a occupé encore jusqu’aux années 80.

La constellation lacanienne à s'énoncer majoritairement comme Freudienne dans la filiation de l'école Freudienne de Paris, la structure matricielle, n'en constitue pas moins une entité propre dans le champ de la psychanalyse distincte des sociétés affiliées à l'IPA ; cette distinction vient à se nommer, même si la plupart des sociétés lacaniennes affirment toujours une légitimité à se vouloir freudienne, certaines revendiquent maintenant le nom propre de Lacan, dans une, pour qui ce nom est sans doute lourde à porter, on en vient même à parler de "pensée Millérienne" court-circuitant le nom propre du maître pour se fonder de soi ou, comme si cela allé de soi, en se reliant directement à Freud.

Chaque médaille a son revers, Lacan mort, une nouvelle génération arrive, étrangère aux querelles vives de leurs aînés, elle peut considérer la psychanalyse dans un rapport autre à Lacan. Les enjeux ne sont plus les mêmes ou, s'ils le sont encore, c'est par personnes interposées, comme un reste. Quoi qu'il en soit pour une nouvelle génération une partie des conflits dont elle hérite ne sont pas les siens, elle en est dépositaire, mais les membres de cette génération n'en sont pas les acteurs, cela ne peut être pour eux que de l'histoire passée et pas de l'histoire vécue.

Cette nouvelle génération ne peut renouveler le geste inventif de ses aînés qu'à se dépendre de tout psittacisme d'attitudes passées, sauf à verser dans un anachronisme qui conduit sur une voie de garage.

Avertie de son passé cette nouvelle génération se déprendra des transferts de ses aînés à la personne du maître, de toute idolâtrie surannée au risque sinon de stériliser la psychanalyse et de perdre définitivement la modestie et la prudence auquel nous oblige le réel de la pratique.

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Suppression de la circulaire interdisant le packing

Publié le 14 Mai 2016 par Houbron

Nous relayons cette pétition pour contrer une circulaire scandaleuse :

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Secretariat_detat_aux_handicapes_suppression_de_la_circulaire_interdisant_le_packing/?kWrHObb

Nous demandons le retrait immédiat de la circulaire du 22 avril 2016 interdisant la pratique du packing dans les établissements médico-sociaux. Cette circulaire budgétaire (n°Direction Générale de la Cohésion Sociale/SD5C/DSS/CNSA/2016/126 relative aux orientations de l’exercice 2016 pour la campagne budgétaire des établissements et services médico-sociaux accueillant des personnes handicapées et des personnes âgées, mise en ligne le 3 mai 2016) interdit la conclusion de Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens (CPOM) avec les Etablissements et Services Sociaux et Médico-Sociaux (ESSMS) recourant au packing : « Enfin, la signature des CPOM avec des gestionnaires d’établissements et services accueillant les personnes avec des troubles du spectre de l’autisme est strictement subordonnée au respect d’engagements de lutte contre la maltraitance, et donc à l’absence totale de pratique du « packing » au sein des établissements et services médico-sociaux couverts par le CPOM. (...) ». Aussi, cette pratique doit être considérée comme une mise en danger de la santé, de la sécurité et du bien-être moral et physique des personnes accompagnées par ces établissements et doit donc faire l’objet des mesures appropriées et prévues dans le Code de l’action sociale et des familles (articles L. 331-5 et suivants) ». Cette circulaire, en déclarant que les soignants qui pratiquent le packing sont des professionnels maltraitants sur la foi d’allégations qui n’ont aucun fondement ni clinique ni scientifique, ne fait que traduire en acte une politique portée par un groupe de pression ignorant totalement les réalités de la cause qu’il prétend défendre. Depuis Valérie Létard jusqu’à Ségolène Neuville en passant par Marie Arlette Carlotti (mis à part Roselyne Bachelot qui avait obtenu du Haut Conseil de la Santé Publique un avis favorable au packing), nos ministres délégués aux handicapés ont pris partie pour les uns contre les autres, pour le comportementalisme contre la psychanalyse, alors qu’on attendrait d’un ministre chargé d’une question d’une telle importance, celle de l’autisme, sinon une retenue, du moins une capacité à trouver un équilibre qui devrait être attaché à l’exercice de ces hautes fonctions publiques. Ces ministres ne connaissent de l’autisme que ce que certains groupes de pression leur en ont dit de façon caricaturale, sans prendre la peine de se renseigner auprès des praticiens hospitaliers de secteurs et des professeurs des universités qui accueillent les cas d’autistes les plus graves dans leurs services. Les recommandations de l’Haute Autorité de Santé sont promulguées comme nouvelle vérité absolue, sous couvert de la science, alors qu’elles posent problème dans la communauté scientifique, notamment en ce qui concerne les fameuses réussites des méthodes comportementalistes versus les méthodes de la pédopsychiatrie de secteur. Cette circulaire déclare la guerre aux praticiens du packing sans savoir de quoi il retourne, en se fiant uniquement à des calomnies et à des moyens de désinformation dignes des régimes totalitaires (cf le film d’horreur réalisé sur un soi disant packing par une association d’opposants), et en les traitant de praticiens maltraitants. Pour avoir osé prononcer de telles accusations sans l’ombre d’une preuve, les équipes soignantes sont diffamées, alors qu’elles ont passé une grande partie de leur existence professionnelle à soigner les enfants autistes les plus graves avec le peu de moyens dont elles disposent. Les établissements qui continueront à pratiquer le packing pourraient tout simplement ne pas recevoir leur budget et être rayés de la carte du médico-social ? Mais dans quel système politique sommes-nous ? Ces techniques relèvent d’un autre âge de sinistre mémoire. Comment peut-on qualifier de maltraitante une pratique qui vise précisément, et y arrive le plus souvent, à arrêter des manifestations d’automutilations dont les décideurs politiques n’ont sans doute même pas idée ? Comment se fait-il que les parents qui ont vécu cette expérience de l’automutilation de leurs enfants et qui ont vu une nette amélioration par la technique du packing ne soient pas entendus par ceux qui écrivent de telles circulaires ? Pourquoi n’ont ils pas été reçus au même titre que des associations extrémistes, saturées de haine pour les psychiatres et leurs équipes ? Pourtant les psychiatres d’enfants et leurs équipes de pédopsychiatrie sont-elles nécessaires pour certains enfants autistes, et notamment pour les plus gravement atteints ? , Parce qu’il en va de notre éthique professionnelle et que personne d’autre ne veut le faire. La pédopsychiatrie publique est disqualifiée de façon indigne, alors qu’elle rend service à de très nombreux enfants et à leurs parents au médico-social, à la mesure de ses moyens, notamment en accueillant des enfants orientés dans le médico-social et qui présentent des automutilations. Ils ont besoin de packing et voilà qu’une circulaire irresponsable va le leur interdire. La pédopsychiatrie va-t-elle disparaître pour donner ses crédits au médico-social et au pédagogique ? Dans un tel cas, Sa mort laissera sur le bord du chemin les autistes les plus graves, ceux dont personne ne parle et avec lesquels les parents sont le plus en difficulté ? Et il n’y aura plus de services, hospitaliers, au sens propre, pour les accueillir. Pourtant, dans l’ensemble des troubles envahissants du développement/troubles du spectre autistique, il n’ y a pas que des enfants porteurs de syndromes d’Asperger, il y a surtout les autres, et notamment, parmi eux, ceux présentant un niveau de sévérité bien plus important, et dont on ne parle pas dans les médias. Les enfants autistes ont besoin de l’éducatif toujours, et pour ce faire leurs parents peuvent évidemment choisir la méthode qu’ils souhaitent. Ils ont besoin du pédagogique si possible, mais nous savons que tous les enfants autistes ne peuvent pas aller à l’école, même si nous employons tous les moyens pour y parvenir. Et enfin, lorsque ces deux approches complémentaires ne suffisent pas, ils ont besoin du thérapeutique si nécessaire, et entre autres soins très diversifiés, des techniques d’enveloppement dont le packing est une possibilité. Et ce sont les équipes de pédopsychiatrie qui sont chargées de ce troisième volet de la prise en charge, très souvent en articulation avec le médico-social. Faire croire par démagogie que les enfants autistes peuvent, tous, bénéficier de méthodes éducatives comportementales exclusives et ainsi être inclus à l’école est un fantasme (et les résultats des recherches menées dans les centres expérimentaux Applied Behaviour Analysis tendent à montrer que les attentes ne sont pas du tout au rendez vous), qui s’il est appliqué sans ménagements, conduira dans le mur d’un totalitarisme qui ne dit pas son nom. Mais entretemps, les moyens mis à la disposition des enfants autistes par les équipes de pédopsychiatrie auront disparu car la disqualification qui règne en haut lieu à ce sujet aura rapidement des effets délétères sur la pédopsychiatrie elle-même. Les équipes de pédopsychiatrie seraient toutes infiltrées par la psychanalyse et, à ce titre, elles seraient perdues pour l’autisme. D’ailleurs, des parlementaires, de droite comme de gauche, font beaucoup de bruit à ce sujet en mélangeant tous les problèmes, et tentent d’interdire l’enseignement de la psychanalyse à l’Université dans ce domaine. Quelle régression intellectuelle ! Mais les équipes de pédopsychiatrie d’aujourd’hui se sont formées, ont modifié leurs pratiques en profondeur et les critiques qui leur sont adressées sont devenues infondées dans la plupart des cas. Bien sûr, certaines équipes ont pu commettre des erreurs regrettables et nous dénonçons ces pratiques révoltantes. Mais de grâce, que les critiques de la psychanalyse soient actualisées ! Il faut arrêter de dire ces inepties qui ne concernent plus les équipes de pédopsychiatrie depuis belle lurette ! Il faut cesser ces couplets sur la culpabilisation des mères et toutes ces fariboles ! Tous les parents se sentent coupables dès lors qu’ils ont un enfant malade, quelle que soit sa maladie. Notre fonction consiste à transformer cette culpabilité inévitable en énergie pour leur enfant. La psychanalyse nous aide à penser la qualité de la relation entre un enfant et ses soignants, ce que nous appelons le transfert, pour mieux être en lien avec lui et l’aider à grandir. Nous ne prenons pas les enfants autistes sur notre divan, nous tentons de les comprendre à partir de ce qu’ils vivent avec nous « dans le transfert ». Cette réflexion porte un nom : la psychopathologie. Et quand elle est mené collectivement par une équipe soignante, c’est ce que nous appelons la psychothérapie institutionnelle. Voilà autant d’acquis fondamentaux de toute pratique psychiatrique. Viendrait-on reprocher à un mathématicien d’utiliser la théorie euclidienne sous le prétexte de l’apparition des théories post-euclidiennes ? Viendrait-on reprocher à un philosophe d’utiliser certaines théories philosophiques plutôt que d’autres ? La physique moderne vit sous le règne de la théorie ondulatoire et de la théorie corpusculaire. La connaissance en psychiatrie n’est pas réductible aux seules neurosciences et à la génétique, et la psychanalyse nous a aidé à accorder toute son importance aux processus relationnels, et aussi à les théoriser dans le cadre des sciences humaines dont elle fait partie. Pourquoi, sous le prétexte de faire moderne, devrait-on, et qui plus est par décret, supprimer certains pans de la connaissance au détriment d’autres ? L’Histoire nous a montré que les périodes au cours desquelles ce phénomène est arrivé ne coïncidaient pas avec une saine démocratie. Tous ces mouvements dictés par la démagogie font craindre un effondrement des valeurs de la démocratie, et ces décisions en matière d’autisme, et plus précisément celles concernant le packing, sont précisément dictées par des groupes de pression qui ont plus à voir avec l’idéologie ou le commerce qu’avec la science et la clinique. Sinon, pourquoi ne pas attendre le résultat d’un Programme Hospitalier de Recherche Clinique entamé depuis plusieurs années et qui pourrait donner des éléments de réponses cliniques et scientifiques ? Pourquoi prendre de telles décisions à la sauvette, comme si nos décideurs avaient peur des résultats ? Nous attendons autre chose qu’un ministère de la haine en lieu et place d’une autorité pour remettre de l’équilibre et de la mesure dans un domaine dans lequel nous avons besoin des uns et des autres dans une paix de travail retrouvée au service des enfants autistes et de leurs familles.

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Le Collectif à venir

Publié le 27 Février 2016 par Houbron

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Nous poursuivrons, sur les traces des années précédentes, les échanges sur les enjeux des pratiques de la Folie qui se posent aujourd’hui dans un contexte culturel et politique inédit. Le « moment St Albanais » avait suscité l’émergence de la Psychothérapie Institutionnelle et du désaliénisme s’appuyant sur quelques psychiatres d’avant-garde. Une période où la promotion de la politique de secteur, l’essor de la psychanalyse donnaient l’impression d’une ouverture de la Culture à l’inconscient freudien, mais aussi à une psychiatrie luttant contre sa fondation ségrégative et œuvrant à des « alternatives à l’Asile ». De multiples tentatives ont ainsi vu le jour théorisant leur expérience avec des idéaux humanistes, marxisants, libertaires qui n’avaient pas forcément de grande cohérence conceptuelle, mais qui traduisaient l’effervescence du « moment 68 » et de ses suites. Les années 80 auront été marquées par la reconnaissance légale du secteur, pour très vite aboutir, dans un mouvement de retournement pernicieux, à l’idée d’une évaluation généralisée des pratiques, afin de les rendre mesurables et « normalisées ». La Criée a été fondée en 1986 contre ce projet désastreux qui prétendait maîtriser l’inestimable du désir humain, mais aussi pour continuer à promouvoir les praxis se réclamant d’une double articulation entre le Politique et la Psychanalyse. Nous nous sommes ainsi réinscrits au cœur même de la transmission de la Psychothérapie Institutionnelle, tout en soutenant avec constance la nécessité de réinventer une conceptualisation qui s’était forgée dans une toute autre époque. Chacune de nos rencontres s’est effectuée avec ce souci d’un ancrage dans les pratiques, et d’échanges transdisciplinaires entre des approches qui relevaient le défi de la « double aliénation ». Jean Oury aura été tout au long de ces années à nos côtés, nous apportant une pensée toujours en mouvement, nourrissant nos échanges. Sa mort à la veille de nos dernières rencontres nous place devant des responsabilités accrues : il s’agit de tenir le cap des « praxis instituantes » (cf P. Dardot et C. Laval, dans « Commun ») ; autrement dit de relancer sans cesse la création de lieux d’accueil et de soins qui s’appuient sur la créativité et la parole mise en acte de ceux qui s’y tiennent : patients, soignants, mais aussi familles et personnes concernées … Cela suppose une résistance opiniâtre contre les folies évaluatrices et les volontés de mise au pas de la Haute Autorité de Santé, qui s’institue aujourd’hui en « police de la pensée » du soin et des pratiques. Ce qui affecte notre praxis se trouve comme toujours pris dans l’aliénation socio-politique de notre époque marquée par l’ultra-libéralisme conjugué à un état d’urgence alarmant, la montée inquiétante du racisme et des processus ségrégatifs, mais aussi l’irruption violente en Europe d’une barbarie se réclamant de l’islamisme. Repenser donc le Collectif à venir en s’appuyant sur les théorisations de ceux qui nous ont précédés, et en particulier Jean Oury, pour nous confronter aux difficultés de la pratique actuelle et à venir, devrait nous mobiliser lors de ces Rencontres ouvertes aux échanges et aux rassemblements indispensables.

Patrick CHEMLA

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Terrorisme

Publié le 30 Décembre 2015 par Houbron

Jacques Lacan : « Il n’y a que les martyrs pour être sans pitié ni crainte et, croyez-moi, le jour du triomphe des martyrs c’est l’incendie universel. »
(séminaire VII L'éthique de la psychanalyse p.311)

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TOUS HYPERACTIFS ?

Publié le 8 Juin 2015 par dans DSM

 TOUS HYPERACTIFS ?

L'ouvrage Patrick Landman, psychiatre et psychanalyste, s'inscrit dans la continuité de l'action menée à l'encontre du DSM avec l'initiative pour une clinique du sujet, Pour en finir avec le carcan du DSM.
Là, il traite d'une manifestation particulière qui prend une ampleur à la mesure des milliards investis dans ce phénomène par l'industrie pharmaceutique le "trouble déficit de l'attention, avec ou sans hyperactivité" ou TDAH. Nous pourrions dire TDHA, tellement en Amérique du Nord les techniques de promotion de ce trouble sont apparentées aux techniques publicitaires mises en place par des équipes de "communicants" telles qu'on les retrouve dans le TVACHAT.

Ce trouble pour lequel aucune étude scientifique ne permet de corroborer l'existence tant sur le plan génétique que du fonctionnement neuronale, apparaît comme une grande escroquerie scientifique à l'échelle planétaire. Ce qui ne signifie pas que l'on ne trouve pas des enfants "hyperactifs" mais c'est la façon de se saisir de ce phénomène qui est réductrice et qui oriente principalement dans le sens d'une prescription médicamenteuse.
D'un point de vue sanitaire il s'agit d'un scandale, car l'on prive de nouveau à une symptomatologie la possibilité de se faire entendre, de nouveau, une pilule sert à faire taire. Il se trouve qu'avaler la pilule est un affront à toute considération pour la souffrance psychique mais que cela correspond bien à une saisie du sujet et du citoyen comme uniquement un consommateur.
L'industrie pharmaceutique veut vendre des médicaments, elle s'en donne pour le moins les moyens. Le scandale étant quand une partie du corps médical se prête à être le serviteur zélé de ce procédé mercantile au détriment de la logique soignante pour le seul bienfait de la plus puissante financière industrie mondiale après l'armement.
Ceci uniquement à s'appuyer sur la nomenclature du DSM qui permet au fur et à mesure de ses versions d'élargir les seuils d'inclusion. Un des intérêts de cet ouvrage est de démonter en quoi le DSM est au service des intérêts de l'industrie pharmaceutique (Big Pharma) en centrant l'attention sur ce phénomène planétaire et en s'appuyant sur l'ensemble des recherches et des études sur le TDAH qui est depuis longtemps rattaché à l'usage du méthylphénidate, un stimulant du système nerveux central proche, d'un point de vue pharmacologique, des amphétamines. Ce psychostimulant connu généralement sous la forme de la Ritaline®. La Ritaline® a jusqu'à maintenant été largement prescrit pour les enfants désignés comme " hyperactifs".

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Un lieu pour parler, un psychanalyste pour vous écouter

Publié le 18 Mars 2015 par Houbron

Jean-Luc Houbron

01 42 09 26 03

Site : https://sites.google.com/site/psychanalysteaparis/

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Ça suffit !

Publié le 24 Novembre 2014 par dans Pétition

Pour signez la pétition : http://www.hospitalite-collectif39.org/?CA-SUFFIT

Les faits sont là, têtus et implacables : -Tandis que la demande de soins croît - notamment pour les enfants -, les moyens humains se raréfient : diminution des postes d’infirmiers, marginalisation scandaleuse des psychologues, raréfaction des psychiatres (publics et privés). -La formation est manifestement insuffisante pour les infirmiers. Elle est réductrice, affadie et trompeuse pour les internes en psychiatrie, car la complexité de la discipline n’est que trop rarement prise en compte. Elle ne leur permet que trop rarement de choisir leurs options théoriques, de développer une pensée critique indispensable. Tous les étudiants subissent un formatage où règne la dimension binaire et réductrice du soin : aider le patient à comprendre ce qui lui arrive ne serait plus à l’ordre du jour. On leur apprend à traiter une maladie et non à soigner un être dont la souffrance représente aussi une protestation à accueillir. Il en est de même de la formation des éducateurs et des travailleurs sociaux dispensée dans les Instituts Régionaux du Travail Social : soumise aux diktats de la « qualité » et de « la bientraitance », réductrice et opératoire, elle est complètement inappropriée à la dimension relationnelle de la rencontre éducative. - De plus, dans la vie quotidienne des services (publics ou privés), il n’y a plus de temps pour la transmission des savoir-faire, pour les réunions d’équipe, les échanges informels à propos des patients. Il faut, en revanche, consacrer du temps à remplir des petites cases avec « des petites et des grandes croix », remplir des obligations aussi ineptes que stériles pour qu’une pseudo qualité soit respectée, celle qui est imposée par la HAS. Cette Haute Autorité de Santé, institution antidémocratique, impose sans aucune retenue des protocoles étrangers à la culture des équipes soignantes, tyrannise par son souci d’homogénéité et de maîtrise de tous les acteurs, y compris la hiérarchie hospitalière. Comme organisme bureaucratique de haut niveau, elle « élabore » ses protocoles de soins pour tous. Or, en psychiatrie, le souci de l’homogène est anti thérapeutique, car le vif et le cœur de la pratique s’enracinent dans le caractère singulier de la rencontre thérapeutique : chaque acte de soin doit garder un caractère spécifique prenant en compte le contexte, l’histoire, ce que dit le patient du rapport à sa souffrance. En fait c’est la bureaucratie, aux ordres du pouvoir politique, qui décide: la méconnaissance autant que la stupidité tentent d’imposer aux professionnels par le biais de lois, de circulaires et autres décrets des kits de bonne gestion, de bonne conduite, d’aide à la gestion des humains, soignants ou soignés. Comme dans le meilleur d’un monde robotisé et soumis aux diktats d’un pouvoir tout puissant, dont les bras armés sont les directeurs des Agences Régionales de Santé -ARS- aux pouvoirs déjà exorbitants qui vont encore être encore étendus avec le projet de loi santé. Comment s’étonner alors du désarroi des familles devant l’isolement et l’enfermement (physique, psychique, symbolique) dans lesquels leurs proches se trouvent relégués tout au long de parcours de soins chaotiques, construits sur une multiplicité de soignants juxtaposés sans lien vivant. Comment ne pas comprendre la colère ou la détresse des familles face au peu de réponses qui leur sont apportées ou aux propos fatalistes, culpabilisants, ou péremptoires qu’elles entendent. Les patients disent être infantilisés, peu ou pas entendus, surmédiqués, étiquetés, soumis à l’arbitraire, avec perte de la liberté de circuler et menace permanente de la chambre d’isolement. Car les faits sont là : autrefois rares, les chambres d’isolement et l’immobilisation des patients deviennent un « outil » banal d’un milieu qui ne sait plus ou ne peut pas faire autrement. Cette banalisation inacceptable trouve dans les « protocoles de mise en chambre d’isolement » sa justification déculpabilisante. Le passage de « l’hospitalisation sous la contrainte » au « soin sans consentement » a permis l’extension de la contrainte jusqu’au domicile des patients, en ambulatoire. Les juges et les avocats, présents désormais en permanence à l’intérieur des hôpitaux, viennent cautionner, malgré eux, l’accélération des mesures de contraintes sous toutes leurs formes, là où ces professionnels du droit auraient dû venir défendre les libertés fondamentales. La plupart du temps la contrainte n’est pas imputable au seul patient, elle est une construction sociale et clinique. Tout cela dans un contexte où la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoire), dénoncée avant 2012 par l’opposition d’alors, est toujours en place avec l’actuel gouvernement. Cette loi organise l’hôpital moderne selon l’idéologie de l’hôpital entreprise, posant le cadre de cette rencontre inouïe et impossible entre la santé publique et la logique néolibérale de la gestion et du profit. Que dire alors du secteur psychiatrique, cette « utopie nécessaire » qui a permis de sortir les patients des asiles, et qui a proposé une continuité des soins de proximité? Tous s’accordent à le maintenir ! Mais tout en déclarant l’importance de ce dispositif, Mme Marisol Touraine veut tripler la population concernée par un secteur : de 70 000 habitants à 200 000. Si les parlementaires votent ce texte (inscrit dans la future loi de santé publique), le secteur risque de devenir une entité gestionnaire, un instrument de quadrillage, annulant alors les raisons mêmes de son existence En pédopsychiatrie, la situation est très préoccupante. D’une part, nous ne pouvons plus accepter un délai d’attente de plusieurs mois pour une consultation, ou deux à trois ans (!) pour l’admission d'un enfant en structure spécialisée - quand elle existe… L’insupportable côtoie l’absurde. Par ailleurs, la politique du handicap, malgré quelques rares avancées sociales, produit des effets pervers majeurs. Actuellement nous vivons un double paradoxe : avec « un handicap », les enfants en grande souffrance accèdent plus difficilement aux soins, pendant qu’un grand nombre de simples « déviants » du système scolaire sont stigmatisés en handicapés. Mais pourquoi faut-il être handicapé, à coup de diagnostics psychiatriques et des certificats médicaux, pour pouvoir bénéficier de renforts purement pédagogiques (type l’aide d’un adulte non qualifié, AVS, ou classes à effectif réduit) ? Les agités, les redoublants, les indisciplinés etc…(le plus souvent issus des populations les plus précaires) se voient ainsi « psychiatrisés » par la voie généreuse du handicap. Nous récusons les mécanismes de récupération de la clinique psychiatrique par une politique du handicap qui transforme les marginalisés en anormaux. Alors, au nom de quels impératifs organise-t-on méticuleusement depuis des années cette politique destructrice ? Financiers, théoriques, sociaux, économiques, ségrégatifs ? Au nom de quoi devrions-nous accepter ? Pourquoi devrions-nous taire nos convictions ? Tout soin demande du temps : le temps de penser, de parler, de nouer des liens. Du temps pour comprendre, du temps pour que chaque collectif mette en place ses propres outils évaluatifs et ne perde pas ce temps précieux à répondre aux injonctions de l’HAS, dont la plupart des soignants reconnaissent qu’elles heurtent frontalement la dimension clinique de la pratique. Du temps pour une formation appropriée à nos pratiques, sans passer sous les fourches caudines de formations obligatoires qui organisent la disparition de la dimension singulière de chaque acte de soin. L’HAS, par sa collusion entre une pseudo-gestion au nom de la science et une pseudoscience au nom de la gestion, est en train, contrôles incessants et accréditations orientées à l’appui, de dépolitiser les questions de santé en les écartant du débat de nos démocraties. Dans les instances politiques, dans la cité, dans nos services, les espaces de débat et de contradiction deviennent rares ; l’absurde et la violence deviennent alors bien trop fréquents. Ouvrons de toute urgence ce débat public, national, citoyen ! Organisons la riposte massive qui s’impose ! Avec tous les réfractaires à la résignation ! Avec tous ceux qui ne veulent pas cesser de se réinventer, de rêver, de créer ! Avec toutes les associations syndicales, scientifiques et politiques concernées. Pour que la démocratie retrouve ses droits. Afin que puisse s’élaborer l’écriture d’une loi cadre en psychiatrie. Une loi dont tous les patients, les familles, les soignants ont un besoin immédiat pour permettre une refonte des pratiques de la psychiatrie.

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Une société de psychanalyse ou une société de psychanalystes ?

Publié le 27 Mars 2014 par

Le premier cercle.

Le premier cercle.


- Il existe de nombreuses associations de psychanalyse en France issues de la société matricielle freudienne à la suite de scissions successives.
Ce qui les caractérise c'est que pour toutes on peut remonter en France l'arbre généalogique jusqu'à la première société de psychanalye en France, la "Société psychanalytique de Paris" (SPP) fondée en 1926 et dont elles sont issues. La SPP est elle-même issue de la Société psychologique du Mercredi qui fut le premier cercle de l'histoire du mouvement psychanalytique, créé en 1902, elle a été suivie en 1908 par la Société psychanalytique de Vienne qui fut la première association.

Ces associations s'inscrivent dans une filiation Freudienne, elles sont freudiennes par descendance, elles ne se sont pas auto-engendrées. Il en de même quand ces sociétés se réfèrent aussi à l'enseignement de Jacques Lacan. On retrouve pour elles la même asendance en remontant l'arbre généalogique.

- De plus, toutes ces associations sont des sociétés de psychanalyse et en aucune façon de psychanalystes, car pour tenir une place de psychanalyste il ne suffit en aucune façon d'être inscrit dans une association.

 

Une société, association, conseil ou quelle que soit l'appellation, qui se désigne dans son sa nomination comme composée de "psychanalystes" peut être considérée avec la plus grande circonspection. De même quand elle se prétend freudienne alors qu'aucune filiation freudienne n'est identifiable.

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Jeune et jolie

Publié le 17 Septembre 2013 par

Jeune et jolie

« Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien ni de personne, alors c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie..."
PLATON, La République.

 

François Ozon dans "jeune et jolie" donne à voir, à entendre, superbement, pas une fausse note, ça sonne juste, il court-circuite la compréhension en laissant voir, comme il est laissé à entendre en séance d'analyse. L'art montre, il ne démontre pas, ce film n'est pas démonstratif, c'est là que le cinéaste prend rang d'artiste, en s'adressant en premier à la sensibilité.

 

« Jeune et jolie. ». C’est ainsi, Isa est belle, son privilège, ce privilège ne s’abolit pas, elle en jouit et le présentifie aux membres de son entourage comme ce qu’elle possède et dont ils sont dépossédés, sa particularité, privilège de la jeunesse dit-on, ce avec quoi elle va les posséder.
Mais pourquoi résister à un privilège qui vous est octroyé « naturellement » et dont l’on sait qu’il est voué à ne pas durer ? La jeunesse est une épreuve tout comme la joliesse.

« Jeune et jolie », comme si tout se résumait à cela, « soit belle et tais-toi », c’est précisément là que l’héroïne se tient.  Elle se tait et elle baise, elle baise, elle ne se fait pas baiser, elle tient le manche, on ne l’a lui fait pas, c’est une affranchie qui ment sciemment à tout son entourage si ce n’est peut-être à son petit frère son plus fervent admirateur à qui elle n'a pas besoin d'en remontrer, elle mène la danse et trouve la voie de la prostitution pour se croire émanciper, s’en donner l’air.


Toute émancipation dans sa dimension de rupture ne passe-t-elle pas par un moment transgressif ? Ce en quoi l'adolescence serait un "âge scandaleux".

Ozon fait jouer à un psychanalyste son propre rôle, Une mise en scène où les différents registres sont compactés. Ce qui se duplique de la dualité Isabelle/Léa. Isabelle à travers Léa (prénom de sa grand-mère), teste les adultes comme tout adolescent, et tient sa place de jeune fille en fleur, en fleur du mal, elle interroge chacun sur la place qu’il occupe et sur la façon de l’occuper, en premier lieu sa mère et son beau-père.
Une fille devenant femme, se transformant en ce qui serait la femme dans le fantasme d’hommes qui la payent pour tenir cette position, devenant femme au prix d’un travestissement, rester une jeune lycéenne bien comme il faut et se transformer par voie de transgression, docteur Jekyll et mister Hyde au féminin.

Une fois le pot aux roses découvert, le recours à un « psy » s’impose pour la mère : il s’agit de remette de l’ordre dans les familles. C’est ce qu’attend la famille, quitte à le payer en livre de chair dans sa dimension sacrificielle : 70€, pas grand-chose considère Léa, peu, voire dérisoire, elle qui en gagne tant dans le même temps, fait-elle entendre dans une provocation qui fait sourire son « futur psy », lequel n'est pas opposé à ce qu’elle le paye avec le fruit de ses entrailles, le fruit de ses passes, ça passe… « Avec ce qu’elle a gagné » et ce qui est gagné n’est pas perdu… pour tout le monde, tout du moins l'on peut croire que cela revient dans le circuit des échanges libidinaux où la parole est conviée pour court-circuiter les transactions de l’excès.

On s’interrogera sur le chevauchement entre le « psy » qui joue son propre rôle dans son cabinet de consultation à l’écran comme dans la « vraie vie » ? Comme un glissement des scènes. A quelle place tout cela se met, se trouve ? Où chacun se tient ?

Serge Hefez, c’est de lui qu’il s’agit, a travaillé avec les toxicomanes, et ceux qui travaillent avec les prostitué(e)s savent comment il peut y avoir quelque accointance ente les uns et les autres, sentiment de toute-puissance et enfermement dans un autre monde avec ses codes et ses rites. On fait ce que d’aucuns n’osent faire, on se permet, et on tient la dragée haute à l’Autre, on tente en tout cas, on se le fait croire, on a passé la limite, on a franchi un seuil, on a traversé le miroir, et il suffit de peu pour s’y retrouver, un peu de poudre, cocaïne, héroïne, ectasie… à s’injecter pour les uns, un peu de poudre sur les joues pour Léa et une carte SIM pour notre belle héroïne. Objets et rites de passage. Et là encore le chevauchement, il n’est pas rare que les prostitués se droguent pour exercer et couramment des toxicomanes se prostituent pour se payer leur dose. C’est un autre monde, interlope, celui qui échapperait au regard, à l’abri du regard parental, en jouant avec la possibilité d’être découvert, le frisson de l’interdit mis à jour inscrit l’acte dans une jouissance en abîme.


Léa fait la femme, elle se maquille et endosse les habits de maman pour se faire putain. Elle abandonne son « look » d’ado pour, comme « belle de jour », mettre au jour une certaine femme dans son semblant, incertaine femme sous le masque de cette parade.
Léa est jeune et jolie, une parfaite image, un support stéréotypé à fantasmes, mais ce qu’elle fait est laid, en particulier au regard de sa mère, c’est par là qu’elle échappe, s’échappe et trouve quelque chose qui ne lui est pas donné, qu’elle s’approprie en y mettant du sien comme « travailleuse du sexe », identité de parade pour mieux s’oublier comme petite fille à sa maman : Isabelle, et se faire femme de peu, Léa, en mentant sur son âge, en faisant la grande et la fille légère de tous ses pères putatifs avec qui elle monnaie ses charmes à l’insu de sa mère.
C’est la découverte d’un client mort qui conduira à un point d’arrêt, point d’arrêt en suspension, en suspens, suspendu dans le vertige d’un recommencement.

La mère est permissive, une bourgeoise émancipée, moderne et large d’esprit qui invite sa fille à amener son petit copain à la maison, qui lui fournit, sans mots dire, dans un souci de complicité, des préservatifs. Une mère prise en défaut d’adultère, ce que Léa lui dit comme pour lui dire qu’elle n’a rien à lui dire, plus rien à lui dire, sa parole est vaine, la mère est annulée, congédiée et le beau-père, un semblant de père, qu’il est bien facile de séduire, trop facile comme tous les autres, quand, interrogé, il se ré-jouie de laisser au bord de ses lèvres l’aveu, extirpé sans lutter, d’avoir pu coucher avec des prostituées, comme sa belle-fille. Ce que la mère saisie et même saisie sur le fait dans un duo sur canapé qui aurait pu tourner à un agencement définitivement transgressif.

Mais que ne trouvent pas les toxicomanes, et les prostitué(e)s si ce n’est une limite, un point d’arrêt ? « Comment c’est qu’on freine ? Je me suis embarqué et je ne sais comment m’arrêter » Ne faut-il pas toujours plus pousser ? Et là, vraiment, Léa elle pousse pour se confronter à l’interdit.
Combien faut-il qu’ils poussent pour exister hors du cercle familiale pour trouver un autre lieu où ils viennent interroger avec leur corps, dans un corps à corps, ce que c’est que de devenir autre dans son corps, de changer de corps, de vivre dans un corps qui se transforme et qui les dépasse et que Léa trouve le moyen de maîtriser loin du regard d’une mère compréhensive si ce n’est complaisante à force de vouloir bien faire.

Pourquoi Léa ne dit rien, se demandent les commentateurs, elle n’a rien à dire, elle agit quand il s’agirait qu’elle passe de l’acte à la parole. Elle, qui ne veut rien dire, tout n’est pas dicible, tout n’est pas permis, a vite compris comment faire réagir, réagir ces hommes qu’elle manie avec une dextérité vite éprouvée au cours de son apprentissage initiatique et une mère qui découvre un pot aux roses qu’elle n’aurait pas imaginé. Voilà qui lui échappe, voilà sa fille qui s’échappe, comment donc cela est-il possible se demande-t-elle ?

Mais la mort, point de buté, est là !  La mort autre imprévu, ce maître absolu, s’invite, la mort à travers ces hommes à qui elle se livre et particulièrement un homme qui a une fille et à qui elle donne du plaisir. Elle, comme dévolue à cette position, ne semble en ressentir avec aucun, qu’il soit client ou amant, elle ne se donne pas, elle se livre… contre de l’argent après n’avoir rien trouvé dans sa première relation avec le jeune allemand si ce n’est l’indifférence à ce passage qui semble obligé. C’est là qu’elle s’est dédoublée pour en surplomb regarder la scène. Elle n’éprouve pas de plaisir, faute du plaisir elle trouve le moyen de gagner de l’argent, elle s’identifie à une professionnelle, elle fait la grande, et clive son « travail » d’un possible accès au plaisir. Position dont n’est pas dupe un client qui menace de la dénoncer à ses parents.


Le plaisir est définitivement congédié avant même d'être éprouvé, ce ressenti ne se commande pas.


L’autre jeune amant, elle l’initie. Elle est définitivement la maîtresse du jeu, elle est déjà ailleurs, cela ne l’intéresse pas, elle en sait trop sur la jouissance masculine et elle le congédie, seul maitre, seule maitresse à bord. Elle a les cartes en main, elle tient sa mère par le bout du nez et le semblant de père qu’est son beau-père, elle n’en fait qu’une bouchée. Elle qui se fait objet de tous les fantasmes masculins. Pourtant c’est aussi la mort qui la rattrape quand elle se reconnecte et qu’elle rencontre cette femme, mort qui l’a surprise, mort qui a fait que tout s’est révélé, mort qu’elle dénie quand elle s’offre à se faire objet sexuel de l’épouse de ce client mort, comme si tout l’indifférenciait, rien ne l’atteignait, un être inaccessible ayant enfin trouvé à se lover dans un espace inextinguible où nul n’aurait accès, forteresse narcissique où elle peut jouir de son pouvoir, lieu du désir forclos. C’est par là qu’elle tient, se tient, les tient, jamais elle ne peut s’abandonner sauf qu’au jeu de la mort -la mort comme abandon, comme ordalie, comme ultime limite - c’est un père qu’elle trouve… mort... dans son lit. Dans un lit d’hôtel de passes. Un client qui est aussi un père, père qui lui dit ne pas avoir été à la hauteur avec sa fille et où  est  le père d'Isabelle ? Où se trouve-t'il ? Où peut-elle le trouver ?
Puis cette femme ne la paye pas pour « coucher » mais pour finalement honorer, rendre les derniers hommages, d’une certaine façon, à cet homme, humain comme chacun, trop humain.
Cet homme qui n’a pas vraiment laissé indifférent Léa.
C’est là que tout commence et tout finit.

 

 

"Jeune & jolie" : adolescence, âge scandaleux

LE MONDE | • Mis à jour le | Par

C'est l'été. Isabelle a 16 ans. L'âge des premières amours, des premières transgressions. Sa mère et son beau-père le savent bien. Bourgeois hédonistes, favorables à l'épanouissement individuel, hostiles à toute forme de répression, ils s'en félicitent même. "Si tu invitais ce jeune Allemand qui semble tant t'apprécier à dîner à la maison ?" Rien ne pourrait plus dégoûter la jeune fille. L'éphèbe en question sera tout juste bon à la débarrasser d'une vertu devenue trop encombrante, et à finir aux oubliettes.

La deuxième partie du film peut commencer. C'est l'automne. Isabelle se partage entre sa vie de lycéenne et une autre, nouvelle, sulfureuse et secrète. Après la fin des cours, avant de rentrer chez elle, elle retrouve des hommes dans des hôtels, couche avec eux contre de l'argent. Des vieux, des plus jeunes, des doux, des sadiques… Pourquoi ? Mystère.

A Cannes, où le film était présenté cette année en compétition, le cinéaste François Ozon a évoqué, en guise d'explication, un prétendu "fantasme de prostitution" que partageraient la plupart des femmes. L'hypothèse n'a pas manqué de soulever l'indignation, et l'on imagine qu'elle relève plus de la provocation que d'une véritable réflexion. Quitte à agiter des lieux communs, on pourrait aussi bien la retourner comme un gant : pourquoi ne pas associer ce fantasme à la psyché masculine, et parier qu'il constitue un des principaux arguments de promotion du film ?

 

Mais si l'on s'en tient à ce qui se passe à l'écran, rien ne permet de déchiffrer les motivations du personnage. Sur son comportement, la jeune fille ne livre aucune clé. Ni pendant la période où elle se prostitue ni après, dans la troisième partie du film, quand ses agissements ont été découverts. Elle-même ne sait pas pourquoi elle a commencé, dira-t-elle à la police. Mais, peu à peu, elle a pris goût à ces rapports tarifés, ajoute-t-elle. Le film tient sur cette béance de sens, que la jeune et jolie Marine Vacth (belle révélation) recouvre d'une opacité fascinante. Et sur les questions que François Ozon distille autour d'elle, à sa manière froide et méchante, sans apporter de réponse. Comment appréhende-t-on la sexualité quand celle-ci a d'abord été perçue, par la pornographie, comme un spectacle codé ? Comment un enfant devient-il, d'un coup, un étranger absolu aux yeux de ses parents, un semi-monstre ? A travers le comportement de cette jeune fille qui met en crise le bel ordonnancement progressiste de sa famille, le cinéaste remet surtout sur le métier la thématique, centrale dans son œuvre, de la transgression et du rapport à la norme.

Facilitée par Internet, banalisée par la crise, la prostitution est à la portée de toutes les jeunes filles. Pour Isabelle, cette pratique avilissante prend la valeur de l'acte destructeur et subversif par excellence, par lequel naître au monde comme individu autonome. Dans une société qui se glorifie d'avoir assimilé les codes de la provocation, elle lui donne un ascendant fabuleux sur les autres. Personne n'a prise sur elle, ni le psychanalyste, dont elle tourne la normativité bébête en dérision, ni son beau-père, pourtant large d'esprit, qu'elle renvoie, un éclair triomphal dans le regard, à sa propre concupiscence. Car transgresser, c'est accéder au savoir. Pas à ce savoir technique qu'Isabelle apprendra comme travailleuse du sexe – celui-là ne vaut pas grand-chose, on le verra. Mais un savoir sur les hommes, une porte d'accès à la vérité. Célébrant la puissance intacte et irrécupérable de cet âge scandaleux qu'est l'adolescence, François Ozon livre avec Jeune & jolie un de ses films les plus tranchants, les plus dérangeants et les plus classiques à la fois. Un petit chef-d'œuvre sec, qui rappelle la cruauté tranquille de ce qui restait à ce jour comme son plus beau film, adapté d'un scénario de Fassbinder, Gouttes d'eau sur pierre brûlante.

 

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